Conte d’Amour – Grand Pied et le mocassin de randonnée

Je ne vous propose pas de Fable aujourd’hui, mais je vous parle d’Amour. Conte personnel et imagé, sans morale ni dessin… en toute simplicité.

Grand Pied
et le Mocassin de Randonnée

Grand Pied était né, un soir d’hiver, dans une jolie chaussure de nouveau-né – aussi douce et confortable que le landau d’un bébé. Entouré d’un Papa-Pied et d’une Maman-Pied bienveillants, il grandit dans cette innocence que seule l’enfance permet.

Sa première découverte lui vint lorsqu’il commençait à se sentir un peu a l’étroit dans la chaussure de son enfance. Grand Pied rencontra ses premières chaussettes d’amitié. Confortable et souples, elles ne le quittèrent plus.

Par la suite, Grand Pied connu de nombreuses chaussettes d’amitié : de cette qui s’usent rapidement à celles qui semblent impossible à érafler. Mais, petit à petit, une envie commençait à titiller le bout de ses orteils : qu’en était-il des chaussures ? Y en avait-il d’autres que celle de son enfance, qui commençait à être de plus en plus étroite ? Et cette Chaussure avec un grand « C », dont lui parlaient ses parents quand ils parlaient d’Amour. Existait-elle ? Celle qui était si légère qu’elle permettait de flotter sur un petit nuage. Celle qui, contrairement aux chaussettes, permettait de traverser tous les terrains de la vie, peut-importe où l’on allait. Grand Pied se demandait : « trouverais-je l’Amour ? »

Grand Pied finit par quitter la chaussure de son enfance sur un coup de tonnerre, sans autre chaussure à son pied. Il passa alors quelques temps à s’écorcher les orteils. Heureusement qu’il avançait entouré de ses chaussettes ! Il en comprit l’importance et la puissance. Il était libre, bien que sans semelle ni lacets. Alors, même si déséquilibré à chaque rocher, Grand Pied continua d’avancer… jusqu’à rencontrer Petit Pied.

Elle était douce comme un oreiller, belle comme une nuit d’été. Et, chose étonnante, elle avait une petite chaussure – rien qu’à elle. Une chaussure qu’elle s’était fabriquée elle-même, à la seule force de sa volonté. Une chaussure aussi douce et belle qu’elle et, par chance, ils pouvaient y rentrer à deux ! Heureusement que, quand on est amoureux, on ne fait qu’un (pied).

Tout était beau, du bruit de l’eau aux chants des oiseaux. Ensemble, dans cette chaussure de fortune, ils étaient heureux. Jusqu’au jour où Petit Pied parti en balade avec sa chaussure… et ne revint jamais.

Seul et sans chaussure, Grand Pied s’arrêta quelques temps de marcher. Qu’il faisait froid en hiver, qu’il faisait chaud en été. Mais ses chaussettes ne l’avaient pas quitté. Alors, il se remit, doucement, à marcher… Et, comment l’expliquer ? Grâce à son souvenir et à son chagrin… Grand Pied créa sa propre chaussure. Celle dans laquelle il pu commencer à parcourir le monde sans se faire mal aux orteils ni ses user ses chaussettes. Bien qu’étrange, sa chaussure était parfaite : c’était un mocassin de randonnée. Souple, solide et aérée, elle correspondait parfaitement au mode de vie de Grand Pied. En plus, elle tenait sans lacets – ce qui est beau quand on aime la liberté. Sous sa voûte plantait, la semelle changea plusieurs fois. Difficile de trouver l’équilibre entre finesse et solidité, pour pouvoir sentir la terre sans se blesser. Alors, quand il trouva son équilibre, ce fut sa plus grande fierté.

Grand Pied croisa beaucoup d’autres Petits Pieds. Chacun fort de sa propre paire de chaussure, fabriquée par le temps, l’amour, la peine et la maturité. Il y avait les chaussures de soirées, magnifiques mais inadaptées aux longues randonnées. Les chaussures de sport, elles, nécessitaient d’être bien trop serrées pour tenir au pied. Il y avait aussi les pantoufles : bien que confortables, elles s’abîmaient dès qu’elles sortaient de leur zone de confort feutrée. Il croisa aussi quelques savates, très aérées, mais qui fuyaient de partout à la première averse… Et enfin, le pire : les Pieds Perdus, sans chaussettes ni chaussures. Comme il était doux et bienveillant, Grand Pied tentait de les aider.. mais a chaque fois, les Pieds Perdus essayaient de s’approprier tout ce qu’il avait créé. Alors, et Grand Pied, dans tout ça ? Il restait seul, mais heureux dans son étrange mocassin de randonnée.

Puis Petit Pied réapparu. Elle n’avait pas changé d’un orteil. Quand ils se retrouvèrent, Grand Pied accepta de tout abandonner : ses chaussettes d’amitié et son mocassin de randonnée. Tout cela sans regret, en échange de pouvoir retourner vivre dans la douce chaussure de Petit Pied.

Mais bien vite Grand Pied réalisa que la chaussure de Petit Pied était très étroite, trop serrée.. et surtout : la semelle était trop dure pour sentir la terre foulée. « Je ne comprends pas, se disait Grand Pied. Avant, s’était parfait ». Mais rien n’y faisait: il était malheureux comme bouquet sans fleurs. Petit Pied culpabilisait, pensant que sa chaussure était nulle, bonne a jeter. Alors ils tentèrent de créer une nouvelle chaussure, adaptée aux besoins de chacun : un peu comme ci, un peu comme ça… Mais une chaussure n’est parfaite que pour le pied par ou pour lequel elle a été dessinée. Et l’amour entre Grand Pied et Petit Pied disparu avant qu’ils ne puissent comprendre cela.

Fort heureusement, les chaussettes d’amitié de Grand Pied n’étaient pas bien loin. Il les retrouva et, avec elles, son mocassin de randonnée et le bonheur d’avoir une vie équilibrée.

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